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— ÉDITO #1 | LES BÂTISSEURS DE VIDE

Source : Journal-RésisteR - Nº42 mai 2016

La Ville de Nancy a annoncé son projet de vendre l’ancienne école de la rue de Fontenoy, qui sert actuellement d’annexe à la MJC des Trois-Maisons. Le charme légèrement désuet de l’endroit, édifié au début du XXè siècle, et la vie qui s’y tisse ne semblent guère compter lorsqu’il s’agit de réaliser une opération financière sur fond d’immobilier boulimique. Les artistes qui y travaillent, dans les ateliers appelés Les Trois Huit, ne pèsent pas lourd quand l’argent dicte sa loi : la plus-value comptable fait la nique au mieux-disant culturel. Le lieu est animé dans un esprit bon enfant, pas du tout scolaire... Beaucoup sont venu-e-s ici pour créer leurs œuvres géniales, dans des conditions paradoxalement modestes. Ces ateliers constituent un lieu rare et précieux de création et de diffusion de l’art contemporain à Nancy.

 

Le sort du jardin partagé situé derrière la MJC, entre la rue Charles-Dusaulx et le sentier des Vinaigriers, propriété de la communauté urbaine du Grand Nancy, n’est guère plus enviable. Cette parcelle partiellement jardinée a été longtemps laissée à l’abandon. Son emprise foncière d’environ 200 mètres de long sur 20 mètres de large fait saliver les promoteurs, qui y voient la possibilité de construire une jolie route goudronnée avec, de chaque côté, une quinzaine de bicoques en toc, toutes identiques, en lieu et place des plates-bandes, des arbres fruitiers et des herbes folles. La collectivité avait accepté de prêter les lieux pendant trois ans à la MJC, pour qu’elle y installe un jardin partagé, ouvert aux habitant-e—s du quartier et aux ami-e-s. Béotien-ne-s ou spécialistes, stakhanovistes ou attentistes à l'exemple d’Alexandre le Bienheureux, chacun-e peut venir y cultiver ses talents. La MJC a recruté un jardinier qui organise les travaux (préparation du sol, semis...) avec les gentil—le-s participant-e-s. Mais, les visiteurs/visiteuses peuvent aussi s’adonner au farniente, sur des meubles malins, improvisés en bois de palettes et pourtant confortables. La mare installée depuis quelques mois ne peut pas servir à se rafraîchir complètement — big splash interdit ! — mais le ciel s’y reflète, ce qui double l’horizon infini. Ainsi, il n’est pas difficile de s’imaginer parfaitement ailleurs, au bleu, au vert, à la campagne, en dehors de la ville, de ses remugles, de la pollution, des embarras de la circulation... et de tous les autres problèmes quotidiens. Les petites têtes de toutes les couleurs viennent y découvrir que les carottes ne poussent pas dans les arbres. Les fêtes y sont toujours rustiques et la gaieté de bon aloi. Bref, les bienfaits d’un jardin sur l’être humain ne sont plus à prouver.

 

Cette réalité est sans doute trop prosaïque ou bucolique pour ces messieurs dames qui dirigent la collectivité. Quand ils/elles sont venu-e-s sur place, ils/elles n’ont pas trouvé que l’herbe était assez verte. Pas de massif de roses, pas de topiaires au cordeau, pas de statue à  leur effigie. Ils/elles retiennent toutefois l’idée que le jardin puisse être un puissant facteur de lien social, mais ils/elles n’iront pas jusqu’à considérer ses effets résilients.

 

Au jardin partagé des Trois-Maisons les projets sont nombreux : aménager la zone d’accueil, installer une piste de pétanque, des meubles pour les enfants, construire une deuxième serre, monter des bacs de jardinage en hauteur pour que les vieilles personnes n’aient plus à se baisser...

Alors, pourquoi vouloir saccager tout cela, d’un coup de pelleteuse ? Quelle lubie frappe les élu-es, privé—e—s de tout bon sens ? Quand on vous dit qu’il ne faut confier le pouvoir à personne... au risque qu’il/elle ne s’en serve contre nous.

 

Pourquoi ? Pour rien. La communauté urbaine du Grand Nancy s’est engagée dans le cadre du Scot Sud 54 (schéma de cohérence territoriale) à construire 13.500 logements sur la période 2013-2026 et 17.700 sur 2026-2038, soit un total de 31.200 logements (dont 19.200 dus au seuil de stabilité correspondant à la population actuelle et prenant en compte principalement le phénomène de la décohabitation et le renouvellement du parc de logements existants). Les ambitions démographiques des édiles locaux sont stupéfiantes. Bien que glorieusement et avantageusement accueillie dans le club des métropoles, Nancy n’est pas Toulouse ou Montpellier. Le réchauffement climatique mettra encore quelques années pour nous amener le soleil au jardin d’hiver et les pieds dans la mer...

 

Pour atteindre ces niveaux de construction délirants, il convient de bétonner : chaque commune a pris des engagements, la moindre parcelle peut y concourir. C’est pourquoi l’annexe de la MJC des Trois-Maisons et le jardin partagé n’y échapperont pas (à moins que...). Cette folie constructive ne correspond à aucune réalité démographique.

La série statistique établie par l’Insee montre que la population du Grand Nancy était de : 252.292 en 1975,

250.951 en 1982,

256.371 en 1990,

258.268 en 1999,

257.297 en 2007 et

256.043 en 2012,

soit une presque parfaite stabilité ! La variation annuelle du nombre de ménages est estimée à +417 d’ici à 2021. Dans ces conditions, malgré l’immense attractivité de ce territoire brillamment administré — grâce à des délégations de service public —, on ne voit pas très bien à quoi vont servir toutes ces constructions. S’agit-il de soutenir mécaniquement le secteur du bâtiment ? De proposer des biens destinés à l’optimisation fiscale des ménages riches ?

C’est fort possible et cela s’appelle une bulle immobilière et une entourloupe. Mais alors, me direz-vous, à quoi servent les 11.975 logements vacants (source : Insee, 2010) dans le Grand Nancy ? Ils sont les symptômes d’un monde artificiel et creux.

 

Piéro

Journal-RésisteR - Nº42 mai 2016

nos3maisons.org

12-14, rue de Fontenoy

54000 Nancy

 

Email : contact@nos3maisons.org

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